Des étudiants de l'association humanitaire commune à l'École Centrale et à l'École de Management de Lyon (CSDCH, ci-dessous) sont partis à Madagascar. Ils y réalisent, durant ce mois de juillet 2001, des opérations d'adduction d'eau potable et d'électrification dans une région qui en a cruellement besoin. Loïc Marot, vice président de CSDCH expose leur action à Campus-Initiatives.
Campus-Initiatives : Pouvez-vous nous décrire le contexte général du projet ?
Loïc Marot : Le projet "ça coule de source" va se dérouler dans le village d'Ambodiforaha et ses hameaux voisins ainsi qu'au dispensaire de Mahambo. Mahambo est situé sur la côte est de Madagascar au bord de la mer (c'est un lieu touristique). Madagascar est un pays très pauvre et où les conditions sanitaires ne sont pas très bonnes (espérance de vie 55 ans, moins de 40% de la population à accès à l'eau potable). La misère semble cependant moins frappante à la campagne que dans les grandes villes : lieux de mendicité, prostitution (le tourisme sexuel est important à Madagascar)... Ambodiforaha est à environ 9 km de Mahambo, à l'intérieur des terres, desservie par une piste en mauvais état, surtout pendant la période de pluies. La région bénéficie d'un climat tropical humide, la végétation est assez importante, l'eau ne manque pas mais celle des rivières n'est pas propre.
A Ambodiforaha les habitants vivent essentiellement de l'agriculture : soit de subsistance(riz, manioc...) soit pour vendre à l'extérieur du village (bananes litchis girofle...).On compte une dizaine d'épiceries qui vendent des produits alimentaires (le coca est arrivé au village avant l'eau potable!) et ménagers. L'autorité est exercé dans le village par les anciens ("Tangalamena").
Quels sont les objectifs ?
Le but principal est d'améliorer la qualité de vie des gens. L'année dernière une équipe de l'association Madaction avait réalisé une adduction d'eau à Ambodiforaha. Cette année le but est d'étendre ce réseau en rajoutant des bornes fontaines et en construisant un lavoir. Nous allons aussi réaliser une adduction d'eau indépendante à Mazoharivo hameau de 400 habitants qui ne peut pas être relié au réseau. Une eau potable à proximité des maisons permet de réduire les maladies (il y a un an les gens allaient à la rivière qui passe à côté du village ils utilisaient l'eau pour boire, se laver faire leur lessive leur vaisselle et leurs besoins). Cela permet aussi de réduire la corvée d'eau et de favoriser le développement du village. Le lavoir permet d'éviter le recours à la rivière pour la lessive.
Enfin nous allons électrifier le dispensaire de Mahambo. L'électrification rendra moins pénibles et aléatoires les soins d'urgence de nuit (notamment les accouchements) qui se font à la bougie ou la pétrolette.
Comment avez-vous monté ce projet ?
Dès le mois de décembre l'équipe s'est constituée : nous étions à la recherche d'une association partenaire implantée localement qui nous apporterait sa connaissance du terrain et à laquelle nous apporterions de la "main d'uvre" du temps et de l'argent.
Nous sommes entrés en contact avec Sylvain Faugier (ancien centralien, président de Madaction qui a réalisé le premier projet à ambodiforaha). Il avait identifié d'autres futurs projets, réalisé une première étude technique et recherchait du monde pour prendre sa relève. Nous avons mis en place un partenariat entre les deux associations. Nous avons monté avec son aide un dossier de financement et nous sommes mis à contacter entreprises et organismes. En parallèle nous avons eu des actions d'autofinancement (cf au dessus : Challenge = 2000 saucisses en un week-end, 700 crêpes...). Nous avons aussi organisé le projet : logistique, contacts sur place, autoformation technique.
En avril deux membres de CSDCH se sont rendus à Mada'. Ils y ont retrouvé Sylvain Faugier (qui travaille actuellement pour une ONG aux Comores). Le but était de trouver d'éventuels financements (Coopération française), de rencontrer des autorités locales et les ONG qui travaillent à Mada' (AFVP, UNICEF, Wateraid...), prévoir l'hébergement, voir les fournisseurs, les personnes que nous allions employer, surtout aller au village pour prévenir les habitants et s'assurer de leur motivation et enfin vérifier la faisabilité des micro-projets (nous avions par exemple prévu de fabriquer quelques latrines mais nous nous sommes rendu compte que elles ne seraient jamais entretenues ni utilisées.
Quels en sont les moyens humains ?:
L'équipe de base du projet est constituée de huit étudiants de l'association Centrale Sup De Co Humanitaire [actuellement CSDCH et prochainement rebaptisée Solidari'Terre]. Deux élèves de première année à Centrale et six élèves d'EM Lyon (cinq en 1ère année et un en 2ème année). L'association est commune aux deux écoles, le projet est fait sur notre temps libre.
Nous allons embaucher deux ou trois maçons malgaches qui bénéficieront de l'aide de bénévoles du village. L'an dernier les villageois s'étaient montrés très impliqués dans les travaux et en avril nous avons pu nous assurer de leur soutien et motivation. Nous employons également Félix Ramananpisoa : professeur de français à Madagascar qui nous servira d'interprète mais aussi de bon intermédiaire avec les habitants et de coordonateur. Il avait également participé au projet l'année dernière
Sa femme qui est infirmière assurera des séances d'éducation à l'hygiène.
Les moyens financiers ?
le budget a été estimé à 80 000 F, grosso modo ça donne :
achat de matériel : 35 000 F
nourriture, déplacements, frais de santé, transport du matériel frais administratifs : 20 000 F
ressources humaines malgaches : 6000 F
mission d'étude à pâques : 15 000 F
+ marge d'erreur
Les billets d'avion sont à la charge de chaque participant : c'est un principe de l'assoce on ne part pas gratuitement au soleil (en plus ce sera la saison des pluies)
les ressources sont les suivantes :
coopération française à Madagascar : 15 000 F
don de la société Brossette : 20 000 F
dotation des Solidarités Nord-Sud : 20 000 F
le reste est couvert par CSDCH qui a récolté de l'argent lors de nombreuses activités ou en a reçu (bar à centrale, vente de sandwichs et de crêpes lors du Challenge, grand tournoi sportif à Centrale réunissant les plus grandes écoles d'ingénieurs, vente d'artisanat malgache, concert organisé par la chorale et l'orchestre de centrale et de l'EM...).
Le matériel ?
Nous avons acheté la majorité du matériel à Antananarivo : ciment, tuyaux, éléments de raccord... il est acheminé à Ambodiforaha par camion. Nous disposons des outils de Madaction qui ont servi l'année dernière. Le complément sera acheté à Mahambo et Tamatave(deuxième ville de Mada'). L'électrification sera confiée à une entreprise implantée à Mada'.
Vous allez travailler de quelle façon sur place ?
Le premier groupe de cinq est arrivé lundi 18 juin. Ils restent jusqu'au 16 juillet.
Nous les rejoignons le 1er juillet et restons jusqu'au 30. Ils ont rencontré la Coopération française, acheté le matériel, embauché les maçons, loué un camion (avec chauffeur c'est mieux!)... A partir de demain ils descendent en direction d'Ambodiforaha. Arrivés là bas ils vont rejoindre Félix, normalement les habitants ont préparé le sable et les graviers . Ils vont organiser les groupes de volontaires.
Ensuite nous les rejoignons là bas au programme : relevé topographique pour trouver le meilleur tracé de l'adduction, creusement de tranchées, construction des bornes fontaines et du lavoir, suivi des travaux d'électrification du dispensaire, construction d'un bassin de captage là où la source émerge du sol, éducation à l'hygiène...
Plusieurs tâches seront menées en parallèle surtout les 15 jours où nous serons huit. Nous avons tracé les grandes lignes mais il reste pas mal de truc à déterminer sur place, là bas tout ne peut pas se décider à l'avance.
Et après votre retour, quel sera le suivi à Madagascar ?
Un comité de gestion a été mis en place l'année dernière. Tous les habitants paient une cotisation qui doit permettre le remplacement du matériel abîmé. Certains ont été formés aux premières réparations et tout le matériel utilisé peut se trouver à Mada'. Nous insisterons à nouveau là dessus. Le suivi est assuré par Madaction (nous sommes étudiants nous pouvons garantir moins de suivi)son but à long terme est d'améliorer les conditions de vie à Madagascar de lancer une dynamique avec le malgaches pour permettre un développement économique. D'autres projets seront sûrement réalisés l'année prochaine.
(Interview juin 2001)
Solidari'Terre (ex. Cenrale SUp' de Co Humanitaire) > la fiche Association